LE COURRIER DE FRANCE

 

N° 04 - 25 juin 1998

 

Edité par la Représentation du F. POLISARIO en France
11, rue Le Châtelier, 75017 Paris, tél : +33.1. 44 15 99 46
Responsable de la publication :
Fadel Ismael

SOMMAIRE

RASD

  • Mohamed Abdelaziz à El-Mundo...
  • Le CICR visite des prisonniers marocains

OUA: 34ème Sommet (Ouagadougou)

  • Discours du président Abdelaziz
  • Echec de la conspiration marocaine

DROITS DE L'HOMME

  • Amnesty International au Maroc
  • Réaction marocaine

FRANCE

  • Visite du président Abdelaziz en France
  • Célébration du 25ème anniversaire du F. Polisario à Paris
  • Assemblée nationale :
    • Question au gouvernement
    • Réponse du ministres des affaires étrangères
  • Plate forme Solidarité avec le peuple sahraoui
  • Conférence nationale annuelle de l'ASF
  • Association de Jeunes Sahraouis en France
  • Association "Un camion citerne pour les Sahraouis"

EUROPE

  • Royaune Uni :
    • visite du président de la RASD
    • Déclaration du secrétaire d'Etat au Foreign Office
  • RFA :
    • Le président de la RASD en Allemagne
    • Résolution du Bundestag
  • Autriche : Question à Kofi Annan

 

MONDE

  • Internationale socialiste
  • Mouvement des pays non-alignés

 

ONU / MINURSO

  • Bilan de l'opération d'identification
  • Blocage marocain
  • La stratégie marocaine de saper les efforts de paix

DOCUMENTS

  1. Rapport du SG de l'ONU sur le Sahara Occidental
  2. Après Houston : la gauche marocaine et le Sahara Occidental

PRESSE

  • APS
  • Reuters
  • Politis
  • L'Autre Afrique
  • Le Gonfreville L'Orcher
  • Die Tageszeitung

RASD

Mohamed ABDELAZIZ : "Je suis prêt à rencontrer personnellement le roi du Maroc avant le référendum, si les Nations Unies considèrent que cela peut accélérer les préparatifs de la consultation". (El Mundo, Madrid, 13.6.1998)

Le CICR visite des prisonniers marocains
Une délégation du Comité International de la Croix Rouge (CICR) a visité, entre le 26 avril et le 2 mai 1998, 649 prisonniers marocains sur les 1800 détenus par le Front Polisario, en territoires libérés et dans les camps des réfugiés.
Les cinq délégués du CICR, dont un est médecin, ont aussi visité les 84 prisonniers libérés en avril 1997 lors de la visite de James Baker, et qui attendent toujours leur rapatriement au Maroc.

Toutes les personnes visitées qui le souhaitaient ont pu envoyer des messages Croix-Rouge et des photos à leurs familles. Le Front Polisario s'est engagé à autoriser le CICR à rapatrier les prisonniers dont l'état de santé serait jugé particulièrement préoccupant par le médecin de l'institution.(Act. Hébdo. Arso)


OUA: 34ème Sommet (Ouagadougou)

Discours du président ABDELAZIZ

Monsieur le président,
Messieurs les les Chefs d'État et de gouvernement,
Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d'abord d'exprimer notre satisfaction à l'égard du Burkina Faso pour les efforts déployés en vue d'accueillir le 34ème sommet de notre Organisation dans de bonnes conditions.
Je voudrais ensuite féliciter, au nom du peuple et du gouvernement de la République Arabe Sahraouie Démocratique, Monsieur Robert Mugabé, président de la République de Zimbabwé, pour son action, empreinte de sagesse, d'efficacité et de clairvoyance à la tête de l'OUA.
Je voudrais également remercier notre Secrétaire Général, Monsieur Salim Ahmed Salim, et ses collaborateurs pour leur dévouement dans la gestion des affaires de l'Organisation afin de répondre aux préoccupations des pays et peuples de notre continent.
Cette auguste assemblée africaine est aujourd'hui honorée de la présence du grand militant-symbole, Nelson Mandela, dont le combat reste l'exemple qui éclaire toutes les générations africaines dans la lutte pour la liberté et pour la dignité. Au président Mandela, qui nous rejoint pour la dernière fois en tant que président de la République de l'Afrique du Sud, nous disons, ainsi qu' à nos pères fondateurs de l'OUA, que nous demeurons fidèles à leurs sacrifices consentis pour l'Afrique, pour sa liberté, son unité, son progrès et sa prospérité.

Monsieur le président,

Au moment où nous nous réunissons, il est douloureux de suivre le conflit fratricide, entre l'Ehiopie et l'Erytrée. Je formule l'espoir que ce conflit puisse être réglé rapidement. Et je voudrais m'associer à mes frères africains qui ont abordé cette question, pour appuyer les bons offices menés par les États Unis et le Rwanda en vue de mettre fin à cette crise.

Monsieur le Président,

Un aperçu, ne serait-ce que brièvement, du bilan de l'exercice écoulé est sujet d'optimisme. A en juger notamment par le retour du pouvoir légitime en Sierra-Léone, le rétablissement de la paix et de la stabilité au Libéria, la fin des hostilités et l'amorce de la reconstruction du pays en République du Congo . Parallèlement, l'Organisation a réussi à organiser avec succès de nombreuses réunions et conférences qui ont eu le mérite de consolider, auprès de nos peuples, la prise de conscience de la nécessité de l'action en commun.

Monsieur le président,
Messieurs les Chefs d'État et de gouvernement,
Mesdames et Messieurs,

A la fin de l'année dernière, une série d'événements relatifs à la question du Sahara Occidental, se sont succédés, alimentant l'espoir d'une solution pacifique, juste et définitive du conflit, qui n'a que trop duré entre le Royaume du Maroc et la République Sahraouie.
En effet, dès son élection à la tête de l'ONU, Monsieur Kofi Annan a nommé l'ex-Secrétaire d'État américain, Monsieur James Baker, en tant qu'Envoyé Personnel au Sahara Occidental. Celui-ci a réussi à sortir le processus de paix de l'impasse grâce à la signature des Accords de Houston, à l'issue de négociations directes entre les deux parties, menées à Londres, à Lisbonne et à Houston. Nous estimons que ces accords sont d'une grande importance car ils ont déblayé le terrain devant l'application du plan de règlement de l'ONU et de l'OUA.
A cette occasion, permettez-moi de remercier l'Algérie et la Mauritanie, les deux pays observateurs qui ont participé aux négociations, pour leur attitude constructive et encourageante, vis à vis des deux parties, afin de parvenir à ces accords.
Monsieur le président,
Depuis le 3 décembre 1997, et conformément aux accords de Houston, la Minurso a repris, en coopération avec l'OUA, l'opération d'identification des électeurs sahraouis. Cependant, malgré le progrès notable réalisé, l'attitude obstinée d'obstruction adoptée par l'autre partie en vue d'intégrer des milliers de votants non sahraouis, dans le but de falsifier la volonté du peuple sahraoui, constitue une menace sérieuse contre le processus de paix au Sahara Occidental.
Et malgré les difficultés, la Minurso progresse, avec détermination, dans la mise en place de ses structures au Sahara Occidental. De son côté, le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés est au pied d'oeuvre pour engager l'opération du retour des réfugiés qui prendront part au référendum d'autodétermination.
L'intérêt accordé par le Secrétaire Général des Nations Unies, par son Envoyé Personnel, James Baker, par le Conseil de sécurité, par toute la communauté internationale au règlement du conflit maroco-sahraoui est source d'espoir et d'optimisme pour le parachèvement de la décolonisation de notre continent.
Pour réaliser ce noble effort et concrétiser cet espoir sur le terrain, votre soutien aux accords de Houston est indispensable, ainsi qu'aux efforts communs de l'ONU et de l'OUA en vue de la tenue d'un référendum libre, juste, démocratique et transparent, qui permettra au peuple sahraoui, et à lui seul, de décider de son sort, loin de toute fraude ou falsification, loin de toute contrainte militaire ou administrative. C'est ce que d'ailleurs a recommandé la résolution 104 de l'OUA , adoptée à l'unanimité par le sommet des chefs d'État et de gouvernement africains à Addis-abéba en 1983 et qui est, depuis, considérée comme étant la Référence, en ce qui concerne le plan de paix au Sahara Occidental.
Monsieur le président,
Nous souhaitons vivement que le Maroc suive résolument la voie de la paix et que les volontés sincères puissent converger pour que triomphe le processus pacifique de règlement juste du conflit du Sahara Occidental, en respectant l'aspiration légitime du peuple sahraoui à la liberté et à l'autodétermination ; ce qui aura des conséquences heureuses sur la région et sur l'Afrique toute entière. Je vous remercie.

 

Echec de la conspiration marocaine :

Commentaire de la Radio nationale sahraouie


ONU / MINURSO

Bilan de l'opération d'identification au 15 juin 1998

Personnes entendues par la Commission d'identification depuis août 1994: 127 472

Personnes entendues depuis décembre 1997: 67 360

Personnes convoquées depuis décembre 1997: 96 252.

Blocage marocain

Le déploiement de 15 démineurs suédois du contingent de la MINURSO a été retardé, car le Maroc exige le contrôle des armes des soldats de l'ONU, a annoncé le Ministère suédois de la défense .
"Nous n'avons jamais eu à faire à de telles exigences (...) Nos armes sont des explosifs destinés à neutraliser des terrains remplis de mines, ainsi que des revolvers destinés à la protection des soldats travaillant au déminage", a précisé un officier suédois.(Act. Hébdo. Arso. le 5.6.1998)

La stratégie marocaine de saper les efforts de paix

Nous avons appris, à travers les médias, que le Maroc a pratiquement empêché l'unité suédoise de déminage de se rendre, munie de son matériel, au Sahara Occidental. Cette unité a pour charge, avec celles d'autres pays, de procéder au déminage dans le Territoire, afin de permettre le retour des populations réfugiées sahraouies, appelées à voter au référendum d'autodétermination que doit organiser et contrôler l'ONU en coopération avec l'OUA.
Le Front Polisario, l'autre partie au conflit, voudrait en cette circonstance, réitérer son souhait de bienvenue à l'unité suédoise et à tous ceux qui oeuvrent pour la paix au Sahara Occidental.
Le Front Polisario dénonce cet acte inadmissible du Maroc, qui s'inscrit dans le cadre d'une stratégie qui vise à saper les efforts de paix en cours. En effet, il s'agit là d'une attitude d'affront et de défi à l'oeuvre de paix que la communauté internationale se doit de condamner vigoureusement.

Le Conseil de sécurité est interpellé d'intervenir, et de façon diligente, pour mettre un terme aux agissements du Maroc dont la poursuite est préjudiciable au processus de paix.


DROITS DE L'HOMME

Amnesty International au Maroc

Une délégation d'amnesty international, conduite par M. Pierre Sané, Secrétaire général, a rencontré les autorités marocaines à tous les niveaux. A cette occasion Amnesty International a remis au gouvernement marocain un mémorandum sur les droits de l'homme auMaroc.
Tout en saluant les progrès accomplis dans les années 1991 à 1994 avec la libération de "disparus" enfermés pendant plus de 18 ans dans des bagnes secrets, le rapport émet de sérieuses inquiétudes quant aux violations encore constatées. Sont cités en particulier les quelque 500 "disparus", en majorité sahraouis, arrêtés entre 1964 et 1987, la pratique habituelle de la torture et des mauvais traitements des détenus et l'impunité dont jouissent les forces de sécurité.
L'organisation de défense des droits humains relève aussi que les familles des quelques 40 "disparus" décédés dans les bagnes de Agzd, Kaalat Mgouna et El Ayoun n'ont pas reçu de certificats de décès ni aucune compensation matérielle. Elle ajoute que les personnes libérées en 1991 n'ont pas été indemnisées et sont maintenues pratiquement en résidence surveillée, isolées du monde, sujettes à des intimidations, des arrestations arbitraires ou assassinées dans des circonstances suspectes.(Act. Hébdo. 23. Arso. le 31.5.1998)

Réaction marocaine

Dans une interview, accordée le 13 juin 1998 à la BBC, le Ministre de l'intérieur marocain, Driss Basri, a déclaré que "L'appréciation d'Amnesty International des droits de l'Homme au Maroc n'est pas objective". "Il n'y a pas de détenus politiques au Maroc", a-t-il ajouté.


FRANCE


Visite du Président Abdelaziz en France

Paris - Au cours de son séjour en France, entamé le 10 Mai dernier, le président Abdelaziz a pu rencontrer des représentants des formations politiques, aussi bien de la majorité (PS, PC, MDC, PRS et Verts) que de l'opposition (RPR et UDF). Les entretiens ont eu lieu tantôt au sénat, tantôt à l'Assemblée Nationale, mais également aux sièges des partis ou ailleurs.
A l'Assemblée Nationale, il a procédé à un échange de vue avec le groupe d'Etudes sur le Sahara Occidental. Il a rencontré Mme Danielle Mitterrand, Présidente de la Fondation France-Libertés et intervenu devant un nombre important d'ONG et d'Associations venues à sa rencontre au siège de la Fondation.
Auparavant, le Président de la RASD a honoré de sa présence, le 10 Mai 1998, un important rassemblement aux Mureaux (en Ile de France) de la communauté sahraouie vivant en France, à l'occasion du 25ème anniversaire du F. Polisario.
Le Secrétaire Général du Front Polisario a par ailleurs rencontré de nombreux hommes politiques et des intellectuels français au cours de plusieurs dîners à Paris. Il a d'autre part consacré la journée du mardi 12 Mai 1998 au parlement européen où il a rencontré des groupes, des personnalités parlementaires de différents pays et de diverses sensibilités politiques.
Jeudi 14 Mai 1998, le Président sahraoui était l'invité d'honneur de la réception donnée par le représentant du F. Polisario en France, à l'occasion du 25ème anniversaire de la lutte de libération nationale, menée par le peuple sahraoui sous la conduite du F. Polisario.
De nombreux hommes politiques, des hommes de culture, tels que le naturaliste Théodor MONOD, des maires, des ambassadeurs, notamment du Nigéria, de l'Algérie, de l'Angola et de l'Afrique du Sud, de très nombreux représentants de la société civile française ont été au rendez-vous.

Strasbourg - Dans le cadre de sa visite en France, Le président de la République Sahraouie (RASD) et Secrétaire Général du Front Polisario, Son Excellence Monsieur Mohamed ABDELAZIZ a séjourné mardi 12 Mai 1998 à Strasbourg, où, à l'invitation de "l'Inter-groupe Paix pour le Peuple Sahraoui" du parlement européen, il a visité ce dernier.
Au cours de cette visite, le président sahraoui s'est entretenu avec de nombreuses personnaliés et plusieurs groupes parlementaires.
Le Secrétaire Général du Front Polisario a fait une importante déclaration, devant l'inter-groupe sur le Sahara Occidental, rèuni sous la présidence de Monsieur Meachel McGOWN. La déclaration du président Abdelaziz a été très suivie par une nombreuse assistance, composée de députés des différentes sensibilités du parlement européen et des divers pays représentés dans ce dernier.
Le président Abdelaziz a remercié le parlement européen pour la résolution que celui-ci avait adoptée à l'unanimité, le 10 Mars 1998, sur le Sahara Occidental et a exprimé la disponibilité totale du Front Polisario pour en faciliter la mise en oeuvre.

Gonfreville L'Orcher - Le président de la République Sahraouie (RASD), Secrétaire Général du F. Polisario, Monsieur Mohamed Abdelaziz a achève, vendredi 16 Mai 1998, son séjour en France, en visitant la ville de Gonfreville L'Orcher, à l'invitation de son maire, Monsieur Jean Paul LECOQ.
Dans cette ville, jumelée à J'reifia - une daïra sahraouie -, Monsieur Mohamed Abdelaziz a rencontré les élus, des députés des maires de la région, et a effectué une visite aérienne de la région, avant d'être l'invité d'honneur d'une soirée de solidarité avec le peuple sahraoui. (Lire dans la rubrique "presse" l'article du journal "Gonfreville L'Orcher").

25ème anniversaire du F. Polisario : Réception à Paris

A l'occasion du 25 ème anniversaire du front Polisario, la Mission sahraouie en France a dorganisé une réception à Paris, jeudi 14 Mai 1998. Le président sahraoui Mohamed Abderlaziz, Secrétaire général du F. Polisario, qui effectuait une visite en France, a honoré de sa présence cette réception.
Le délégué sahraoui pour la France, Fadel Ismail, a exprimé "la très bienvenue" aux nombreux hôtes de la fête sahraouie et à tenu à les "remercier pour avoir accepté de répondre à (mon) invitation", avant de poursuivre :
"Les Sahraouis célèbrent aujourd'hui l'An 25 de leur lutte de libération nationale, menée sous la conduite du Front Polisario.
"Un quart de siècle de combats, où les souffarnces, mêlées aux espérances, aux déceptions, mais aussi à d'importants succès, ont permis au peuple sahraoui de se forger, de se fortifier sans perdre son âme, au point de conduire le Conseil de sécurité des Nations Unies à prendre ses responsabilités, en organisant dans les prochains mois, le référendum d'autodétermination, permettant ainsi au processus de paix au Sahara Occidental de retrouver enfin son cours normal.
"Le Front Polisario, expression authentique et unique de ce peuple, a accompagné cette transformation sociale majeure, qui a vu la mutation des bédouins d'hier, en citoyens de leur temps, solidement formés et préparés à l'exercice de la démocratie, fiers de pouvoir exprimer enfin, devant la communauté internationale, les raisons de leur résistance.
"C'est dans un climat de satisfacion à l'égard du chemin parcourru, mais aussi de farouche détermination à parachever le chantier ouvert le 20 Mai 1973 que le peuple sahraoui célèbre aujourd'hui le 25ème anniversaire de sa lutte de libération nationale".
Dans son discours, le président Abdelaziz a dressé le bilan de la situation au Sahara Occidental, l'évolution du processus d'application du plan de paix, les obstacles, les manoeuvres marocaines. Il a longuement évoqué la position de la France et insisté sur le souhait des Sahraouis que cette dernière adopte une position de neutralité constructive.
A son tour, le président de la Plate-forme Solidarité pour le Peuple sahraoui, le maire socialiste d'Hérouville Saint-Clair, François Geindre, a abordé l'attitide de la France et a renouvelé l'engagement des Amis du peuple sahraoui pour continuer de se battre pour le respect du droit du peuple sahraoui à la liberté et à l'autodétermination et leur soutien à un réferendum juste, régulier et transparent.

Assemblée Nationale

Question au gouvernement - Monsieur Daniel PAUL, député de la seine Maritime, a adressé le 20 Mai 1998, à l'Assemblée nationale, la question suivante au gouvernement :
"Aujourd'hui, en Afrique, existe encore un peuple, le dernier, le peuple Sahraoui, qui n'a toujours pas pu exercer son droit à l'autodétermination.
Depuis que l'Espagne, en 1976, s'est retirée de son ancienne colonie, le Sahara Occidental est occupé par le Maroc et subit, de fait, une deuxième colonisation.
En 1991, un premier cessez-le-feu fut accepté par les deux parties, Maroc et Front Polisario. Le référendum d'autodétermination prévu en 1992 ne put pourtant pas se tenir.
En 1997, l'ONU relançait le processus de paix; sous l'égide de James Baker, les accords de Houston étaient signés en septembre dernier prévoyant un référendum d'autodétermination en décembre 1998.
L'identification des votants est en cours. C'est une opération qui revêt une importance capitale pour la régularité du référendum. Dans ce pays occupé par des dizaines de milliers de soldats Marocains, la situation est fragile.
Le parlement européen, le 10 mars dernier, a adopté une résolution confirmant son soutien au processus de paix et d'autodétermination en cours, afin qu'il se déroule de façon libre et démocratique.
La France est membre du conseil de sécurité de l'ONU, à l'initiative du plan de paix.
Plus que d'autres, du fait de son histoire, de ses liens avec cette partie de l'Afrique, elle se doit de prendre des initiatives afin que rien devienne contrecarrer le processus de paix.
Nos voisins se sont positionnés positivement à ce sujet et la France semble en retrait.
C'est pourquoi, Monsieur le Ministre, je vous demande quelles initiatives le gouvernement français entend prendre pour participer activement, auprès de la Communauté internationale, au succès du plan de l'ONU, à l'expression libre des Sahraouis sur leur avenir, à la coopération à mettre en place permettant le développement du Sahara Occidental ?

Réponse de Monsieur Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères

"Depuis 1981, la France a souscrit au principe d'un référendum sous l'égide des Nations Unies au Sahara Occidental. Elle a toujours fait preuve de neutralité et d'impartialité dans cette question délicate et elle a soutenu le efforts du secrétaire général de l'ONU pour organiser ce référendum.
L'action de M. James Baker et les accords de Houston ont permis de relancer un processus de paix qui butait sur la question de l'identification des électeurs. Cela reste le point clé à résoudre en raison du cantonnement des forces marocaines et du problème des réfugiés à rapatrier.
Il y a environ 215 000 électeurs potentiels, dont 70 000 membres de tribus contestés. Environ 100 000 cas ont été clarifiés.
La position de la France reste de soutenir l'action du secrétaire général pour faire appliquer les accords signés.

Plate-forme Solidarité avec le Peuple Sahraoui

Réunion du 23 Mai - La plate-forme Solidarité avec le peuple Sahraoui s'est réunie, le 23 mai 1998, à Paris, en présence de Monsieur Mohamed SIDATI, Ministre Conseiller de la RASD, de Monsieur Pierre GALAND, Président de la Coordination Européenne, de Madame Michèle LAUWEREINS chargée de mission à la Fondation France Libertés, association leader du Comité de Vigilance du réferendum au Sahara Occidental, de Monsieur DESHAIS, Maire-adjoint d'Hérouville Saint Clair - représentant Monsieur GEINDRE, Président de la Plate-forme - et de représentants de villes et d'associations.
A l'issue de cette réunion, les participants ont pris acte et se sont félicités de l'engagement de l'ONU à mener à son terme le processus d'identification des futurs électeurs sahraouis; cependant ils ont constaté avec regret les tentatives d'obstructions marocaines visant à retarder et à compliquer les opérarions d'identification.
Prenant acte des progrès de l'application du plan de paix, ils se sont engagés à mettre dès à présent tout en oeuvre pour organiser un corps d'observateurs français veillant à la transparence et à la régularité de l'organisation et la tenue du référendum.
A cette occasion, les présents ont salué la célébration du 25ième anniversaire de la création du Front Polisario et lancé un appel pressant aux autorités françaises afin que la France observe une position de neutralité constructive en aidant de manière significative l'application du plan de paix et la garantie du droit à l'autodétermination du Peuple Sahraoui. (Communiqué de la Plate forme)

Conférence nationale annuelle de L'ASF

L'Association des Sahraouis en France (ASF) a tenue, samedi 13 juin 1998 aux Mureaux sa conférence nationale annuelle. Les débats ont porté sur la situation au Sahara Occidental, les développements du processus de paix, les préparatifs du réferendum et la situation de la communauté sahraouie en France.
Les participants ont procédé, avant la clôture de la conférence, à l'élection de la nouvelle direction de l'ASF.

L'Association des Jeunes Sahraouis en France

Rouen - L'Association des Jeunes Sahraouis en France (AJSF) a participé, du 13 au 14 juin 1998, au parc des Chartreux (Petit Quevilly - Rouen), à la fête de l'Humanité, organisée par le parti communiste dans la région. Le stand et l'exposition sur le Sahara Occidental, tenus par les jeunes sahraouis, ont été très visités.

Saint-Denis - L'AJSF participera du 20 au 27 juin 1998, à Saint-Denis (région parisienne), à la Coupe du Monde de la Solidarité, organisée par le ministère français de la jeunesse et des sports. Des jeunes de quartiers de France rencontreront des équipes de jeunes de pays tels que le Mexique, le Sahara Occidental, le Japan, la Palestine, l'Algérie, le Danémark, Burkina-Faso, etc...
Les activités sportives seront accompagnées de réunions et de rencontres culturelles, de débats et de concerts.

Association "Un Camion Citerne pour les Sahraouis"

1000 signatures - L'association havraise "un camion citerne pour les Sahraouis", célébrant à sa manière le 50ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, a lancé, en Mai 1998, une campagne pour réunir "1000 signatures pour la paix au Sahara Occidental".

6ème vide-greniers - L'association "Un camion citerne pour les Sahraouis" a organisé, dimanche 17 Mai 1998, son 6ème vide-greniers dans l'enceinte de la salle François 1er, au Havre.

Exposition - L'association "Un Camion citerne pour les Sahraouis", a présenté, du 8 au 12 juin 1998 à l'Espace Citoyen, au Havre, une exposition intitulée : "Sahara Occidental, souffrance et espoir...". (Havre Libre, du 8 juin 1998).


EUROPE

Le président de la RASD au Royaume Uni

Le president dela RASD, M.Mohamed Abdelaziz, secretaire general du Front Polisario, a effectué, au cours de la première semaine de juin 1998, une visite au Royaume Uni, à l'invitation de l'intergroupe parlementaire sur le Sahara occidental et de Western Sahara Campaign, (comite de solidarite avec le peuple sahraoui en Grande Bretagne).
Le President sahraoui a eu des entretiens avec les differentes formations politiques ainsi qu'avec des institutions du pays. Les discussions ont porté sur les récents développements du conflit du Sahara occidental et sur les efforts en cours de la Communaute internationale pour la mise en oeuvre du Plan de Règlement de l'ONU et de l'OUA et des Accords de Houston.

Réponse du Secrétaire d'état au Foreign Office, Derek Fatchett, à une question d'une députée travailliste à la Chambre des Communes :

Mr Fatchett regrettait le refus du Maroc de coopérer au processus de l'identification d'électeurs potentiels figurant dans le recensement espagnol de 1974 qui sert de base à l'ONU pour dresser la liste des votants. Il a annoncé qu'il avait l'intention de rencontrer le leader du Polisario.
La Grande-Bretagne ne prend le parti d'aucun belligérant, a-t-il ajouté, mais soutient les efforts des Nations unies pour organiser un référendum d'autodétermination honnête, libre et régulier. En guise d'illustration M. Fatchett a résumé, lors de son intervention, l'ensemble des démarches diplomatiques britanniques entreprises dans ce sens. (Act. Hébdo. 23 - Arso. le 3.6.1998)

RFA: Le président de la RASD en Allemagne

Le président Abdelaziz a effectué du 15 au 22 juin 1998 une visite en Allemagne. Il s'est rendu à Bremen où il a été reçu par le président du gouvernement de la région, Mr hennig scherf. A Berlin, le chef de l'Etat sahraoui s'est entretenu avec des membres du gouvernement local et du parlement régional, et a intervenu devant l'istitut des relations internationales.

A Bonn, le président sahraoui a rencontré la commission des relations extérieures du parlement national (Bundestag), le groupe socialiste (SPD) au bundestag, le groupe parlementaire libéral, le groupe parlementaire des Verts, le groupe parlementaire du parti social-démocrate.

La délégation sahraouie a été reçue également par de nombreux instituts et plusieurs ONG's. Il a été particulièrement invité, le 20 juin, au congrès de Terre des Hommes et s'est adressé aux participants pour les informer des différentes étapes du processus de paix au Sahara Occidental. La délégation présidentielle sahraouies'est rendue également à Wiesbaden - capitale de la région Hessen - et à Hannover - capitale de la région Niedersachsen, 0ù il a rencontré les dirigeants du gouvernements locaux et des parlements régionaux des deux régions.

Au cours de son séjour en RFA, le président Abdelaziz a rencontré la presse nationale et internationale (Voir interview accordée au quotidien Die Tageszeitung).

La visite du président de la RASD en allemagne a été l'occasion pour les milieux politiques allemands de réitérer leur soutien au plan de paix et leur attachement à la tenue d'un référendum libre et crédible, dans les meilleurs délais, au Sahara Occidental. C'est ce qui est exprimé notamment dans la résolution du bundestag, adoptée à l'occasion de la visite du chef de l'Etat sahraoui (Voir texte ci-après).

Résolution du Bundestag sur le Sahara Occidental

Le Bundestag (parlement allemand) a adopté le 19 juin 1998 la résolution suivante, à l'issue d'un débat, au moment même où le président de la RASD, M. Mohamed Abdelaziz poursuivait sa visite en Allemagne :

Le Bundestag salue les accords conclus entre le Front Polisario et le Royaume du Maroc en vue de la tenue du référendum prévu par les nations Unies. Le parlement exprime son grand espoir de voir enfin les populations concernées trancher, le 7 décembre 1998, par la voie d'une consultation libre, sans contrainte militaire, ni administrative ou autre, entre l'indépendance ou l'intégration au Maroc.
Le Bundestag attend des deux parties au conflit qu'elles agissent de manière constructive pour la mise en oeuvre de ces accords, afin que les engagements pris soient pleinement honorés dans les délais fixés. Les parties sont également appelées à reconnaître, sans réserve, le résultat du référendum qui sera proclamé par l'ONU.
Le Maroc et le Front Polisario sont invités à prendre toutes les mesures nécessaires pour créer un climat de confiance de nature à faciliter l'acceptation du résultat du référendum par la partie perdante.
Le Bundestag demande aux deux parties, et cela avant même l'entrée en vigueur de la période transitoire, de procéder à l'échange des prisonniers de guerre remis en liberté au CICR, en tant que cas humanitaire urgent.
La disponibilité des parties au conflit pour le nettoyage des territoires qui sont sous leur contrôle des mines anti-personnelles est un geste de pacification de la région qui sera salué en tant que tel.
Le Bundestag réaffirme le soutien financier, humain et politique octroyé depuis longtemps par la République Fédérale Allemande au processus de paix onusien et demande au gouvernement fédéral allemand de continuer de soutenir par tous les moyens nécessaires les Nations Unies dans leur efforts pour l'application du plan de paix.

Communiqué du groupe parlementaire du parti libéral allemand (rendu public le 19 juin 1998)

"A l'issue d'un entretien avec le Président et Secrétaire général du Front Polisario, Monsieur Mohamed Abdelaziz, en visite en Allemagne, le député Irmgard Schwaetzer a fait la déclaration suivante:
L'initiative de paix au Sahara Occidental, conclue sous les auspices de l'ancien Secrétaire d'État américain, Mr James Baker, est irremplaçable.
Le Secrétaire général de l ONU, Mr Kofi Annan, a mis l'accent, clairement, dans son dernier rapport, sur les difficultés rencontrées dans le processus de préparation du référendum et a appelé particulièrement le Maroc à coopérer d' une manière constructive dans la mise en application des accords conclus entre les deux parties.
Maintenant, il s'agit de parachever, le plus rapidement possible, le processus d'identification des électeurs sahraouis, sans aucune manoeuvre de retardement, pour permettre ainsi l'organisation, le 7 Décembre 1998, d'un référendum libre, général, sans aucunes contraintes, sur l'indépendance du Sahara Occidental. Les deux parties sont aussi appelées à coopérer efficacement avec le H.C.R. pour préparer l'échange des prisonniers de guerre.
Tous ensemble, avec nos partenaires à l'Union Européenne, nous allons soutenir les efforts du Secrétaire Général des Nations Unies dans le cadre de la mise en applications du plan de paix."

Autriche

Questions à Kofi Annan

Le groupe d'amitié austro-sahraoui, dans une lettre transmise, le 10 juin 1998, au Secrétaire général de l'ONU par le président du parlement autrichien, a posé un certain nombre de questions concrètes au sujet des observateurs autorisés à suivre le processus référendaire au Sahara Occidental.


MONDE


Internationale Socialiste

Au cours de sa réunion, tenue les 18 et 19 mai à Oslo, le Conseil de l'Internationale Socialiste a réaffirme sa résolution sur le Sahara Occidental, adoptée à Cape Town les 10-11 juillet 1995, ((considérant les efforts visant à trouver une solution juste, pacifique et définitive au conflit du Sahara Occidental).
L'I.S a salué " les accords de Houston, obtenus grâce à la médiation réussie de l'ancien secrétaire d'État James Baker", et a appelé "le Maroc et le Front Polisario à les respecter dans la lettre comme dans l'esprit". L'I.S a exprimé " son accord avec l'ONU et l'OUA pour l'organisation d'un référendum d'autodétermination libre, régulier et transparent conformément aux dispositions du Plan de Paix et des accords de Houston, tel qu'ils avaient été acceptés par le Maroc et le Front Polisario".
L'I.S a appelé "les autorités de la Minurso à assurer la participation des observateurs et de la presse Internationale tout au long des différentes phases de la mise en oeuvre du processus de paix et durant le référendum" et a demandé " au Maroc et Front Polisario de coopérer pleinement avec la Minurso en vue de l'organisation d'un référendum libre, régulier et démocratique pour le Peuple du Sahara Occidental ".

Mouvement des Pays Non-Alignés

Dans une résolution adoptée, le 22 Mai 1998, le Mouvement des Pays Non-alignés a apporté son soutien aux efforts en cours des Nations Unies et de l'Organisation de l'Unité Africaine pour la tenue du référendum au Sahara Occidental.
"Les Ministres des Affaires étrangéres et chefs de délégations des pays du Mouvement des Pays Non-Alignés, notant le dernier progrés enregistré dans la résolution du probléme du Sahara Occidental, réitèrent leur soutien aux efforts entrepris par les Nations Unies pour l'organisation et la supervision d'un référendum impartial, libre et juste, conformément au plan de Réglement ONU-OUA, aux accords de Houston et aux divers résolutions pertinentes du Conseil de Sécurité et des Nations Unies."


DOCUMENTS


I. Rapport intérimaire du Secrétaire général de l'ONU sur le Sahara Occidental (S/1998/534, 18juin 1998)

 


II. Après Houston: La gauche marocaine et le Sahara Occidental par Abraham Serfaty ( le 29.9.1997)

Au Maroc, d'après les informations dont je dispose à ce jour, il apparaît que la gauche marocaine après Houston, mis à part par les courants fondés par d'anciens militants de Ilal Amam, est désemparée ou, à tout le moins, encore neutralisée par les vieilles démarches du chauvinisme marocain qui lui ont fait tant de mal ces dernières décennies. Or, les enjeux, régional et international, sont à la fois trop importants et trop urgents pour qu'elle soit passive, ou pire encore, sujette, en ce débat décisif, aux séquelles du chauvinisme.

A) L'ENJEU DIRECT

L'analyse débouche sur une conclusion claire: ou le Maroc joue honnêtement et jusqu'au bout le jeu du "timbre et du drapeau"(*), ou il perd tout et nous allons vers une période d'affrontements militaires dont seuls les Etats-Unis sortiront gagnants au détriment des peuples de la région et de l'Europe.

Mais aller jusqu'au bout de l'offre du "timbre et du drapeau" implique:
1°et en tout premier lieu) : ne pas faire d'éléctions législatives marocaines en novembre là-bas, et adopter la solution d'attente de "députés honorifiques". La dernière phrase de l'article de Hamid Berrada dans Jeune Afrique (n°1916) ne tient pas compte du rapport des forces actuel, non pas local mais international, rapport de forces établi non seulement en fait mais, depuis Houston, en droit.
La phrase de Baker mentionnée: "that is nothing that was agreed until everything was agreed" s'applique aux négociations avant Houston, mais depuis Houston, dans les termes mêmes de Baker, "all the prior agreements are now formally agreed".

Or, que résulte-t-il de Houston? Principalement deux données "formally agreed":

--Les Nations Unies sont maîtres du processus référendaire;

--L'éléctorat se situe aux alentours de 80.000 votants (une dépêche de l'A.F.P du 26-9 fait préciser par M. Baker qu'il ne s'agit pas d'un chiffre limite et même qu'il pourrait être "nettement plus élevé", mais les critéres rappelés par J.Baker vont à l'encontre des manoeuvres marocaines de ces années passées).

Sur de telles bases, et sans autre accord secret formellement acquis, le Polisario est maître du résultat, à savoir l'indépendance. Une solution de "sacrifices mutuels", selon l'expression de Bachir Mustapha Said, est-elle déjà dégagée en secret ou reste-t-elle ouverte? Souhaitons-le. Mais organiser en novembre au Sahara des élections législatives marocaines serait une violation des accords "formally agreed" à Houston, un défi que les Nations Unies, et, à l'arrière-plan, les Etats-Unis, ne pourront laisser passer, et qui permettrait au Polisario de revenir sur tout compromis secret, écrit ou implicite, s'il existe.
Le Maroc perdrait tout s'il s'engage dans un tel défi.

2°) Il n'y a d'alternative à l'indépendance que dans une formule confédérale ou d'"Etat Associé", à peine de tout perdre.

La formule "le timbre et le drapeau" est assez souple pour permettre une telle solution, qui, seule, pourrait si elle est clairement élaborée et située en parallèle à une évolution réellement démocratique du Maroc --ce qui n'est pas le cas de la frime actuelle--, offrir à la majorité des 80.000 votants une alternative plus attractive que l'indépendance. N'oublions pas qu'une large partie, sinon la majorité, de ces votants, viendra des camps de Tindouf, que tous ont en mémoire, dans leur chair, l'"Opération Ecouvillon" dont le régime marocain fut partie prenante( et qui est la source du conflit, et non telle élucubration de Franco).
Ramener "l'autonomie" à la "régionalisation" actuelle du Maroc sous l'égide du makhzen et de ses proconsulaires Gouverneurs serait prendre les électeurs sahraouis pour des imbéciles et confirmer la mise en garde de Mustapha Said El Ouali, s'adressant fin 1971 au Comité de Rédaction de "Anfass", contre (je cite):

"L'intervention continuelle, tout au long de la période passée, de la rédaction entourant les territoires sahraouis, la réaction marocaine en particulier, pour encercler et disperser les initiatives libératrices au Sahara et pour leur imposer sa tutelle" (Anfass,n°7-8, janvier 1972, cité par moi in "Dans les Prisons du Roi", Paris 1992, p.182)

B) L'ENJEU INTERNATIONAL

François Soudan ( dans le même n° de Jeune Afrique) indique que l'évolution américano-onusienne en faveur du Polisario "serait, dit-on à Washington, cohérente avec les analyses du Département d'Etat selon qui la stabilité en Méditerranée passe par un tryptique Alger-Le Caire-Ankarra".
Je ne dispose pas de telles sources, mais la politique américaine affirmée depuis la nomination de Madeleine Albright est claire: s'affirmer partout comme les maîtres du monde, imposer partout le règlement stable des conflits en cours ( sauf au Proche-Orient pour des raisons qui ne tiennenet pas qu'au fameux "lobby juif", mais aussi aux intérêts pétroliers américains dans le Golfe qui impliquent d'empêcher l'émergence d'un Etat palestinien souverain), supplanter les vieilles puissances coloniales à la politique conservatrice (notamment la France), empêcher la formation d'une Europe rebelle à l'accord mondial américain.
La percée américaine en cours au Maghreb, notamment via la médiation de Baker, se situe dans ce cadre. Un Etat sahraoui indépendant créé sous cette égide en serait une première base, et un premier pont vers l'alliance avec un Etat algérien fondé sur l'arrangement militaro-A.I.S. en gestation, contournant tant l'actuel régime marocain que les actuelles "autorités algériennes" appuyés l'un et l'autre par la vieille France coloniale et chiraquienne.
De plus, sous-jacent à tout cela se trouve le pétrole du Sahara, comme je l'avais écrit en avril 1973 (article publié cette même année à Paris dans la revue militante marocaine "Souffles"). Non seulement la solution de l'indépendance sahraouie permettrait aujourd'hui (**) aux pétroliers américains d'avoir un accès privilégié à ces ressources qu'ils convoitent depuis trente ans, mais par là même empêcherait l'Europe, et en premier lieu la France et l'Espagne, d'y avoir accès et d'échapper ainsi à leur dépendance actuelle des pétroliers américains, tout en ruinant tout projet d'un maghreb libre et démocratique.
Une telle percée ne peut être contrecarrée que par une politique marocaine qui tienne compte de ces réalités, renonce résolument à la politique suivie depuis 1958, et même depuis juillet 1956, au sud du Maroc et au Sahara, pour aller vers un projet de constuction fraternelle et démocratique de l'Ouest du Maghreb, et du Maghreb dans son ensemble, à l'opposé des mythes makhzéniens qui mariaient habilement le rêve du Grand Maroc de Tanger au fleuve Sénégal à la candidature de gendarme de l'impérialisme français pour toute cette région.
Aujourd'hui, la voie, la seule voie de paix et de progrès est dans la construction d'un Maghreb démocratique et fraternel allié aux forces de l'Europe sociale en gestation. Elle implique l'élaboration pour le Sahara Occidental de la solution confédérale Maroc-Sahara ou d'Etat Sahraoui associé au Maroc, sous garantie internationale, évoquée plus haut.
Elle implique aussi l'abondon de tous ces rêves d'expansionnisme chauvin qui ont empoisonné et aveuglé depuis plusieurs décennies en premier lieu les principaux dirigeants de l'opposition marocaine officielle, les amenant ainsi à s'effacer devant la tyrannie makhzen --à l'opposé de l'exemple donné par le Fqih Basri et par Mehdi Ben Barka-- comme leur persistance les amènerait demain à s'effacer devant tout pouvoir militaire qui surgirait des frustrations provoquées par le total échec marocain auquel un tel chauvinisme aveugle ne peut que conduire.
On voit le risque de chaos qui en résulterait pour toute la région, que seule la pax americana pourrait alors, comme à Dayton pour la Bosnie, "résoudre".
Au contraire, si la gauche marocaine prend la tête d'un mouvement au Maroc s'inspirant des leçons de Mehdi et du Fqih, et s'appuyant sur les forces les plus conscientes de la gauche française et européenne, elle peut ouvrir la voie à la solution de paix et de progrès proposée plus haut, solution que la "communauté internationale" ne pourrait qu'appuyer, au delà même des intérêts américains les plus hégémonistes.

(*) Hassan II avait, au début des années 80, fait l'avance suivante, restée sans suite à l'époque: "Qu'on me laisse le timbre et le drapeau, et tout le reste est négociable".

(**) Qu'on ne me fasse pas dire qu'il y a ici reniement de mes positions positions antérieures: j'ai toujours été pour le droit à l'autodétermination du peuple sahraoui, et je le reste sans réserve, tout en préconisant, comme je l'ai toujours fait, et avec moi l'Organisation Ila Al Amam, une solution d' "unité des deux peuples marocain et sahraoui" (formulation de mon 3° Vivat au Procès de Casablanca de janvier-février 1977).

-- Article mis en circulation dans la gauche marocaine et publié en arabe le 13 mars 1998 par le journal An-Nahar.


PRESSE


APS , 11.5.1998

Le Président de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), M. Mohamed ABDELAZIZ, a demandé, lundi,11 Mai 1998, à la France de jouer un "rôle de neutralité" sur la question du Sahara Occidental et d'user de "tout son poids" pour faire aboutir le plan de règlement des Nations Unies. Le chef de l'État Sahraoui s'exprimait, à Paris, devant une trentaine de journalistes français et étrangers, au premier jour de sa visite en France à l'invitation du Groupe d'études sur le Sahara Occidental à l'assemblée nationale française et d'associations de soutien au Peuple Sahraoui.
La France, en tant que puissance impliquée dans la recherche de "la paix partout dans le monde, doit soutenir cette occasion très importante qui s'offre à la paix", a dit M. ABDELAZIZ qui, s'agissant de l'attitude de Paris, "ne veut pas revenir sur le passé, ni insulter l'avenir".
Des entretiens avec des responsables et des acteurs du paysage politique français sont prévus au menu de sa visite. Le Président Sahraoui s'est gardé de préciser si des rencontres étaient déjà programmées. "Toute la classe politique française a un rôle à jouer pour la résolution de ce problème. Nous comptons toucher tout le monde pour souligner l'importance d'un règlement pacifique pour la stabilité dans toute la région.
Selon des informations obtenues par l'APS auprès du représentant du Front Polisario à Paris, Fadel ISMAIL, des rencontres sont déjà programmées avec des députés, des sénateurs, des partis politiques et des animateurs d'organisations non gouvernementales pleinement impliquées dans le soutien à la cause Sahraouie. Une intervention de M. ABDELAZIZ est, en outre, programmée mercredi dans le groupe d'études sur le Sahara Occidental à l'Assemblée Nationale. La Direction Sahraouie, précise son premier responsable, attend de la "France Officielle" qu'elle lui "permette de donner son point de vue" sur la question et sur ce qu'elle attend du gouvernement dans le contexte du processus référendaire. Nous ne sommes pas contre les intérêts de la France au Maroc" et ses liens privilégiés avec ce pays. Nous demandons seulement à Paris de faire en sorte que son attitude à l'égard du Maroc ne se fasse pas au détriment des intérêts du Peuple Sahraoui", a précisé le chef de l'État Sahraoui en appelant à nouveau la "France officielle" à soutenir le plan de paix Onusien.
Cette visite en France, ajoutée à d'autres effectuées par les Responsables Sahraouis dans les pays de l'Union Européenne Espagne, Belgique..., visent à sensibiliser les opinions publiques sur l'importance du Plan de Paix et la nécessité de ne pas rater l'occasion en or qu'il offre pour parvenir à une "solution pacifique". Selon M. ABDELAZIZ, une rencontre avec la présidence britannique de l'U.E pourrait avoir lieu en juin prochain à l'occasion de sa visite à Londres.
Interrogé sur l'attitude du gouvernement Américain, le Président de la RASD l'a trouvée "positive et constructive" dès lors qu'elle manifeste un "appui clair et concret" au plan de paix de l'ONU. De l'aveu même de ses responsables, Washington, a expliqué M. ABDELAZIZ s'inscrit dans une logique qui consiste à ne soutenir la souveraineté ni du Maroc ni du Polisario tant qu'un référendum n'aura pas été organisé. Ils soutiennent une solution née d'une expression libre et démocratique des Sahraouis.
A une question relative à l'attitude de l'Algérie à l'égard du processus en cours, le chef de l'État Sahraoui a affirmé que, depuis l'éclatement de la crise en 1975, ce pays a adopté une position de "soutien réaliste" qui, avec le temps, s'est trouvée "confortée par les évolutions de la communauté internationale et la nature du Plan de Paix". Alger, a toujours, plaidé pour une solution basée sur un référendum d'autodétermination et au moyen des négociations directes entre les deux parties au conflit sous les auspices des Nations Unies.
S'agissant du processus référendaire en cours, le chef de l'Etat Sahraoui n'a pas exclu que la date du référendum, fixée au 7 décembre prochain, soit retardée de quelques trois mois en raison des problèmes qui ont émaillé l'opération d'identification du corps éléctoral . Sur cette question, le Front Polisario a réaffirmé son attachement à la procédure arrêtée par les accords de Houston et les critéres d'identification qui avaient été fixés pour la circonstance. M. ABDELAZIZ n'a pas manqué, en cette matière, de revenir sur le comportement de Rabat pendant l'opération d'identification pour intégrer des marocains à la place de sahraouis et se donner, ainsi, un éléctorat de favorable.
Il a, cependant, fait remarqué que, malgré ces obstacles et pressions, l'ensemble des acteurs sont parvenus à faire en sorte que "le processus avance". Tout en demandant à la partie Marocaine de respecter les engagements paraphés à Houston, le Président Sahraoui, répondant à une question de "Maroc-Hebdo" sur une troisième solution, a confirmé l'attachement du Polisario à la solution prévue par le plan Onusien "indépendance ou intégration". L'unique voie pour y parvenir est le référendum d'autodétermination. Je m'interroge sur le pourquoi d'un retour en arrière vers une autre formule. C'est une question dépassée par le plan de règlement dans le cadre duquel personne n'a parlé de cette troisième voie.
Tout en faisant remarquer que, aux yeux de la Direction Sahraouie, seul le Roi Hassan II exprime la position officielle du Maroc affirmée à Houston, le chef de l'Etat Sahraoui s'interroge sur le motif des prises de positions périodiquement affichées par des hommes politiques marocains et l'offensive médiatique au sujet de l'identification et de prétendues défections des sahraouis et une désaffection à l'égard du projet d'indépendance puisqu'on prétend cela, pourquoi ne pas accepter finalement d'aller, dans la sérénité, au référendum et d'en accepter le verdict, se demande le Président Sahraoui. Et de livrer, en guise de réponse et de conclusion à sa conférence de presse, sa propre conviction:"l'Etat Sahraoui indépendant est une réalité irréversible". (APS, le 11.5.1998)

 

REUTERS, 11 Mai 1998

Le Chef du Front Polisario confirme le report du référendum d'autodétermination au Sahara Occidental qui n'aurait probablement pas lieu cette année, comme l'espéraient les Nations Unies, mais au début de l'an prochain.
Cette consultation, qui doit permettre à la population de l'ex-colonie espagnole de choisir entre l'indépendance ou l'intégration au royaume marocain, était prévue initialement en janvier 1992 dans la foulée du cessez-le-feu conclu l'été précédent par le Maroc et le Polisario sous l'égide de l'ONU. Mais les divergences entre les deux camps sur les conditions d'organisation du vote avaient amené les Nations Unies à différer à plusieurs reprises la tenue du référendum, jusqu'à ce que Kofi Annan décide, a son entrée en fonction, il y a un an, de revoir tout le dossier.
Peu après, en septembre 1977, à Houston, son représentant personnel pour le Sahara Occidental, l'ex-secrétaire d'État américain James Baker, obtenait des garanties des parties permettant au secrétaire général et au conseil de sécurité de l'ONU de fixer le référendum au 7 décembre prochain. Mais, le mois dernier, Kofi Annan a repoussé de la fin mai à la fin juillet la fin des délicates opérations d'identification des électeurs sahraouis que mène sur le terrain la mission des Nations Unies pour le référendum au Sahara Occidental(MINURSO). Cette décision "se répercutera sur la date du référendum" et celui-ci ne pourra avoir lieu avant "les trois premiers mois de l'an prochain", a déclaré à la presse Mohamed ABDELAZIZ, actuellement en visite privée à Paris. Il a imputé ce retard aux "problèmes créés par le Maroc" dans les opérations d'identification, mais s'est néanmoins déclaré optimiste en soulignant que, "malgré ces problèmes, nous avons réussi à faire avancer le processus", et que "le référendum aura quand même lieu".
"Pour la première fois depuis 1975", a-t-il estimé, "on peut parler de progrès concrets et encourageants" vers une solution du conflit entre le Maroc et les Sahraouis. "L'heure de vérité a sonné. Notre conviction est que l'avènement d'un État sahraoui indépendant est irréversible", a ajouté ABDELAZIZ en assurant que "le temps joue plus aujourd'hui en faveur du Front Polisario qu'en faveur du Maroc".
La Minurso a entendu jusqu'à présent quelque 120.000 personnes prétendant à pouvoir voter au référendum en dépit des querelles entre le Maroc et le Polisario. Ce dernier affirme que le Maroc cherche à gonfler l'électorat pour en modeler la majorité et Rabat accuse le mouvement indépendantiste de récuser des Sahraouis qui lui seraient défavorables.
Mohamed ABDELAZIZ s'est refusé à prédire le nombre des électeurs que retiendra la Minurso mais il a estimé crédible le chiffre de 80.000 avancé par James Baker après les accords de Houston. La Minurso en publiera la liste au terme de ses opérations d'identification. (Reuters, le 11 Mai 1998)

Politis (23 Avril 1998)

Les pièges du roi Hassan II par A. Diouri

A la fin de l'année écoulée, le malaise économique et social au Maroc s'était aggravé. Hassan II avait perçu le danger et, craignant d'être dépassé par la colère populaire, il s'est efforcé de reprendre l'initiative.
C'est ainsi qu'il en est venu à désigner Abderahman Youssoufi, leader de l'USFP, pour former un gouvernement d'alternance. Cette nomination n'a pas le mérite de la clarté, Bien qu'Abderahman Youssoufi force incontestablement le respect en raison de son passé de combattant et de son honnêteté intellectuelle, réussira-t-il à déjouer les pièges qui lui sont ainsi tendus ? Cette nomination suffira-t-elle à calmer les revendications qui s'expriment ici et là ? On peut raisonnablement en douter.
Hassan II est habile à contourner les problèmes. En mandatant un Premier ministre de gauche, il donne l'illusion de se décharger des problèmes à venir. Dans les faits, les risques sont calculés. Il faut rappeler que ce gouvernement ne comprend pas moins de cinq ministres qui ont été imposés, dont le "vice-roi" Driss Basri. Abderahman Youssoufi, contraint de respecter de savants équilibres, aimerait pouvoir s'appuyer sur un arbitrage populaire.
Mais le peuple n'est pas dupe; dans les milieux politiques, économiques et culturels, l'on constate que le nouveau gouvernement ne dispose pas des moyens qui lui donneraient un minimum d'autonomie. Le pouvoir de décision reste concentré entre les mains du roi. Personne n'ignore non plus qu'il fut dans le passé, avec un gouvernement de gauche présidé par Abdallah Ibrahim, leader de l'UFP en 1958, privé de toute initiative pouvant améliorer le sort des masses populaires.
Face à la contestation montante de la base, le nouveau gouvernement se doit par conséquent de réagir très vite. Il vient d'entrer dans une phase active : l'évaluation des dégâts causés par les précédents gouvernements lui a permis de découvrir des sommes énormes, soustraites sans justificatifs aux finances publiques . Le temps presse et la partie est serrée. Pour aller au succés, Abderahman Youssoufi doit marquer des points et ne pas lâcher prise. En répondant au plus urgent, à savoir, créer des emplois, tranquilliser les investisseurs et restructurer une administration lourde et incompétente, il doit en même temps échapper aux chausse-trappes d'une partie de son équipe.
Ainsi, le ministre de l'Intérieur prépare déjà une riposte musclée à la montée spectaculaire de la mouvance islamique. Le moment sera bien choisi pour jeter la responsabilité sur le gouvernement, des violations bien préparées.
L'histoire se répéte . En 1959, Hassan II attaqua les populations du Rif, faisant des milliers de morts tués par balles et gazés au napalm. Le président su Conseil, Abdallah Ibrahim, leader de la gauche, fut tout simplement limogé, endossant, à cette époque la responsabilité du génocide. Une autre chausse-trappe viendra du référendum sur le Sahara Occidental. La date du 7 décembre a été arrêtée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies.
A l'évidence, l'évolution sur cette affaire se caractérise, dans les casernes du Maroc, par l'émergence de critiques acerbes envers le roi et d'un courant unanime pour la défense de l'identité nationale. Les responsables militaires dans leur totale majorité ne cachent plus leur désarroi. Il résulte non seulement d'une analyse objective, mais aussi du sentiment général au sein de la population marocaine. Une seule question revient dans toutes les bouches : pourquoi avoir sacrifié des milliers de fils du peuple, et gaspillé des milliards de dollars pour arriver au référendum ?

L'Autre Afrique (17-23.6.1998)

Ouagadougou : un sommet perturbé

(...) la question qui a déchîné les passions est celle de la présence à l'OUA de la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD). Avant le sommet, les bruits avaient couru sur un retour en force du Maroc au sein de l'OUA. La diplomatie burkinabè avait tout mis en oeuvre pour ramener Rabat dans le giron africain. certains ont même dit que le royaume chérifien aurait financé, pour un montant de 200 millions de dollars, l'organisation du sommet de Ouagadougou. Ce qui est apparent, c'est la présence de Marocains au Burkina pour une mission bien précise : faire tomber la pluie de manière artificielle. Plus sérieusement, Blaise Compaoré avait tenté de convaincre, avant la conférence, un certain nombre de chefs d'Etat de l'absurdité de la présence de la RASD à l'OUA alors qu'elle "ne dispose pas d'un territoire". Pourtant les Sahraouis, leur "président" en tête, ont été invités, commes toutes les autres délégations, au sommet.
Le calcul de Compaoré était simple : vu que la RASD n'est reconnu que par un petit nombre de pays, son exclusion serait aisée. Or, et c'est encore l'une des incohérences de la charte de l'OUA, aucun article ne prévoit l'exclusion d'un Etat membre. La tentative de Compaoré a donc échoué, contré qu'il a été par la majorité des chefs d'Etat anglophones. Omar Bongo a essayé de venir à sa rescousse en demandant de procéder à un vote sur la validité de la qualité de membre de la RASD. En vain. Les chefs d'Etat ont finalement décidé de renvoyer la question, "pour une réflexion plus approfondie", à la réunion des ministres des Affaires étrangères, en février 1999. Ironisant sur le revers subi par la diplomatie burkinabè, un proche du président du Polisario a dit . "Les Marocains font la pluie et le beau temps au Burkina faso."(...)

Gonfreville- L'Orcher. (Le 17 Mai 1998)

Mohamed ABDELAZIZ, PRESIDENT DE LA RASD, HOTE DE LA VILLE

UNE VISITE AMICALE ET CHALEUREUSE

Dernière étape d'un séjour de près d'une semaine sur le sol français, la ville recevait, vendredi, la visite du Président de la République Arabe Sahraouie Démocratique, Mohamed ABDELAZIZ. Pour tous les Gonfrevillais comme pour la délégation l'accompagnant, la soirée revêtait un caractère exceptionnel.

Accueil à la descente de l'avion, à l'aéroport d'Octeville, en fin de matinée, par le premier magistrat de la cité de Gonfreville-l'Orcher, Jean-Paul Lecoq, le président Abdelaziz, accompagné de Mohamed Sidati, Ministre-conseiller de la RASD, Fadel Ismael, représentant officiel du Front Polisario en France, et de Mme S'Diga Settif, représentante à la Haye, a ensuite survolé en hélicoptère pendant quelques heures, la pointe de Caux, découvrant du ciel, l'agglomération havraise, les falaises d'Etretat et la zone industrielle de l'estuaire.

Signature du Livre d'Or et dépôt de gerbe

La visite prenait son caractère officiel, vers 18 h 30, à l'arrivée des personnalités sur la place du Colombier, précédée quelques miniutes auparavant, d'une halte au nouveau cimetière où repose l'ancien maire de la ville, Marcel Le Mignot.

En présence d'une foule importante d'élus et de représentants d'associations solidaires avec le peuple sahraoui, sur les rythmes musicaux de la batterie-Fanfare de l'Amicale de Gonfreville et de Montivilliers, les personnalités faisaient une courte halte dans la grande salle du Conseil de la Mairie, avant de se rafraîchir et signer le Livre d'Or. Un dépôt de gerbe au pied du monument aux morts clôturait la première étape de cette visite exceptionnelle. Elle donnait l'occasion à Jean-Paul Lecoq de présenter diverses personnalités présentes, au président Abdelaziz qui, avant de rejoindre le complexe sportif Maurice Baquet, en profita pour remercier le maire et tous les habitants, pour leur accueil, rappelant les actions solidaires de la municipalité avec le peuple sahraoui, évoquant également les premières initiatives de Marcel Le Mignot à l'origine du jumelage de la ville avec celle J'Refia, au Sahara Occidental, pays occupé par le Maroc, depuis 25 ans.

Sous le soleil resplendissant, un long cortège parmi lequel on reconnaissait, le maire de Gainneville, M. Leriche , Mireille Garcia, conseillère municipale du Havre, colette Privat, maire de Maromme, traversait les rues de la ville en direction du Complexe Sportif où une soirée de solidarité avec le Peuple Sahraoui était organisée, peu après.

Die Tageszeitung , Berlin (20-21 juin 1998)

Le Maroc perdra le référendum

Le secrétaire général du Front Polisario, Mohamed Abdelaziz, estime que les chances du succès du plan de paix au Sahara Occidental sont grandes, même si la date du référendum sur l'indépendance a été reportée.

Question : A nouveau la date du référendum sur l'indépendance du Sahara Occidental a été reportée à Avril 1999 au lieu de Décembre 1998, à cause de la divergence des points de vue du Front Polisario et du Maroc sur l'établissement des listes électorales. Cela voudrait-il dire que la détermination de qui est sahraoui et qui est marocain menacera le plan de paix, comme il s'est produit en 1995 ?

M. Abdelaziz : Un report de quelques mois ne peut être un désastre. je ne pense pas que la situation est aussi grave qu'en 1995, car le Conseil de sécurité et la communauté internationale assument leur responsabilités eu égard au plan de paix au Sahara Occidental avec plus de sérieux qu'auparavant. J'en voudrais pour preuve notamment la nomination de James Baker, l'ex-Secrétaire d'Etat américain, homme de grande qualité, en tant que médiateur entre les deux parties. Et je pense qu'au cas où la communauté internationale échoue cette fois-ci, cela aura des conséquences graves sur la crédibilité de l'Assemblée générale et du Conseil de sécurité de l'ONU.

Question : Quelle est la baguette magique qui a permis à Baker de relancer le processus ?

Réponse : Baker a mis, de façon franche et claire les deux parties devant le choix suivant : Souhaitent-elles ou non l'application du plan de paix ? La réponse des deux parties était positive. Il a aussitgôt engagé les deux parties, dans un face à face, pour entreprendre des négociationa directes, sous ses auspices, afin de régler tous les différents qui empêchent l'application du plan de paix de l'ONU. Le résultat est ce qui est aujourd'hui connu sous le nom des Accords de Houston, au moyen desquels nous nous smmes mis d'accord sur un plan d'action, de plusieurs étapes, pour l'application du plan de règlement. Ces accords :

- La reprise de l'opération d'idetification

- Le retour des réfugiés, qui vivent dans les camps installés à la frontière algéro-sahraouie , au Sahara Occidental

- L'échange des prisonniers de guerre

-La libération des détenus politiques sahraouis

-Le retrait d'une partie de l'armée marocaine et cantonnement de l'autre partie dans des points déterminés

-L'organisation du référendum.

Q : Est-ce qu'il est aujourd'hui possible de distinguer les Marocains des Sahraouis qui ont émigré au Maroc durant la colonisation espagnole et qui souhaitent aujourd'hui retourner à leur pays ?

R : A Houston, nous avons convenus de cinq critères pour identifier les votants et chaque requérant doit prouver qu'il répond à l'un de ces critères. Ces derniers sont :

-Etre inscrit parmi les 74 000 personnes du recensement espagnol de 1974,

-Etre en mesure de prouver qu'on était dans le territoire pendant l'organisation du recensement de 1974,

-Les membres de la famille proche des personnes auxquelles s'appliquent les deux critères sus-mentionnés,

-Avoir résidé dans le territoire six ans consécutifs, ou douuze ans pat intermittence, durant la colonisation espagnole,

-Etre de père né au Sahara Occidental et appartenant à une sous-fraction sahraouie.

Q : Si l'opération est aussi simple pourquoi les choses ne vont-elles pas bien ?

R : Depuis décembre dernier, la Commission d'identification de l'ONU a repris son travail, et dix centres d'identification sont actuellement à l'oeuvre. A ce jour, 130 000 requérants environ ont été entendus par la Commission. Certes, le gouvernement marocain tente en vain d'imposer l'identification de 65 000 personnes, dont moins de deux mille seulement sont inscrits dans le recensement espagnol. Mais il a déjà échoué dans une tentative similaire en 1995.

Q : Le Maroc veut imposer l'enregistrement de personnes contestées sur les listes électorales pour agir sur le résultat du référendum en sa faveur. Quelle est votre réaction si le Maroc réaliserait son objectif ?

R : L'opération d'identification des votants ne constitue pas un sujet de divergence entre le Maroc et Nous, mais bien entre le Maroc et l'ONU. Le gouvernement marocain a accepté et signé officiellement et publiquement les accords de Houston. Aujourd'hui l'Onu est tenue de démontrer concrétement sa volonté d'appliquer ces accords. Cela veut dire est-ce qu'elle est prête à exercer les pressions necessaires sur le gouvernement marocain pour le sommer de respecter l'application des accords qu'ils a signés ?

Q : Que se passera-t-il si le résultat du référendum serait en faveur du Maroc ?

R : Si le gouvernement marocain pensait avoir la moindre chance de gagner, il n'aurait pas multiplié les obstacles, particuliérement devant l'opération d'identification des votants. Rabat est convaincu qu'il va perdre dans un référendum libre et démocratique, et c'est la raison pour laquelle il cherche à tout prix à reporter indéfiniment la tenue du référendum faute de pouvoir l'empêcher carrément d'avoir lieu. De toutes les façons, le F. Polisario respectera le résultat du référendum pourvu que celui-ci soit libre, démocratique et transparent, et si, à ce moment-là, le peuple sahraoui choisira l'intégration au Maroc, nous procéderions à la dissolution du F. Polisario. Et nous serions heureux si le gouvernement marocain proclame, officiellement, sa position dans le même sens. (Propos reccuillis par Reiner Wandler)


Lire les interviews du Président Abdelaziz accordées à la presse française :

-Le Monde, 11 Mai 1998

-L'Autre Afrique, du 20 au 26 mai 1998

-Jeune Afrique n° 1949, du 19 au 25 mai 1998

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