Le Monde, Paris, 29.4.97

M. Baker évoque un "espoir" pour le Sahara occidental

Marie-Claude Decamps, envoyée spéciale

Villaya de Smara (territoire concédépar l'Algérie)

Ils l'ont attendu avec ferveur pendant des heures, sous le soleil blanc du désert, avec le vent de sable qui piquait les yeux des enfants aagitant des colombes de la paix en papier, près des militaires stoiques et des chameaux surchargés. Il l'ont attendu en chantant et en dansant, sous les tentes, au son des tambours, dans ce qui pouvait passer pour une fête un peu disproportionnée. Ils lauraient attendu sans doute encore davantage si cela avait été nécessaire, tant il est vrai que, pour les Sahraouis réfugiés dans les camps près de Tindouf, dans ce territoire concédé par l'Algérie, qui les soutient sur les plsns diplomatique et militaire, la venue de l'ancien secrétaire d'Etat américain, James Baker, nommé envoyé spécial du secrétaire général des Nations unies, était un événement presque historique. Peut-être enfin une nouvelle chance, pour le Sahara occidental, cette ancienne colonie espagnole revendiquée par le Front Polisario, mais sous contrôle militaire marocain depuis plus de 20 ans, dans laquelle un cessez-le-feu a été instauré en 1996 ( exactement 1991), même si aucune paix durable n'a encore été signée.
Pourtant en venant visiter ce camp de réfugiés, où s'entassent quelque 30 000 personnes, dimanche 27 avril, et rencontrer les autorités de la République arabe sahraouie démocratique (RASD), M. Baker n'avait à priori pour tâche que d' "écouter, évaluer, rendre compte". Dans la même intention, il s'était rendu, les jours précédents, au Maroc, en Algérie et en Mauritanie. Son but, a-t-il expliqué au cours d'une brève déclaration était double: il devait s'informer, pour juger si le plan de paix de 1988, accepté par les deux parties mais jamais entré en vigueur, est encore applicable tel quel ou, dans le cas contraire, envisager de nouvelles initiatives. M. Baker devra remettre un rapport à l'ONU avant le 31 mai, date de la fin de la mission de la Minurso, la force de l'ONU qui a cherché sans succès à organiser pendant plus de cinq ans un référendum d'autodétermination pour les Sahraouis.
Etait-ce assez pour répondre à l'attente des réfugiés? ces derniers las de vingt ans d'exil et de lutte, et six ans d'immobilisme diplomatique, se sentent oubliés. certains parlent de reprendre les armes, mais tous, malgrétout, comptent sur la personalité de M. Baker, ses appuis à Washington, et surtout l'intérêt nouveau des américains pour la région pour redonner une impulsion à un processus de paix enlisé. Très prudent M. Baker n'a pas fermé la porte à l'optimisme. "Les entretiens ont été très productifs", devait-il souligner, en annoçant que, dans un geste de "soutiewn à sa mission", le Front Polisario va libérer 85 prisonniers de guerre marocains (200 ont déjà été relâchés).Et il ajoutait: "le problème est très difficile à résoudre, mais il n'est pas sans espoir, sans quoi je ne serais pas ici."


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